Géographie de la Kabylie

Géographie de la Kabylie
L'espace que recouvre la Kabylie n'est fixé ni sur le plan géographique, ni sur le plan linguistique, ni sur le plan culturel. Pour certains, elle est cette aire berbérophone où se parle le Kabyle (dont la langue mère est le berbère); pour d'autres, elle va de la limite orientale de la Mitidja jusqu'au massif de Collo. Scindée en deux (Petite et Grande Kabylie) à l'époque coloniale, la Kabylie dépendait principalement du département de Tizi-Ouzou mais aussi des départements avoisinants (Alger, Constantine, Bône ... )

Par delà ces frontières administratives, le pays kabyle s'étend aux régions de Sétif (Ait Yeâla, Mansoura, Guenzet) et de Jijel. Berbérophones, les Sétifiens sont de plus en plus perméables à l'arabisation et les Jijeliens, bien qu'arabophones, se désignent qbayel hadra, "Kabyles citadins".

En bref, pour parler de la Kabylie , je ne retiendrai que les critères géographiques suivants : le Djurdjura et les Babors .

La Kabylie du Djurdjura est délimitée au Nord par la Méditerranée, à l'Est et au sud par la vallée de la Soummam, à l'ouest par Oued Isser. Elle est constituée d'une haute chaîne montagneuse, le plus souvent enneigée. Le massif calcaire du Djurdjura, telle une barrière contrôlant la vallée de la Soummam au sud, descend vers la Méditerranée par des sursauts montagneux. Son point culminant est de 2308 mètres.

La Kabylie des Babors, elle, désigne une région littorale que limitent à l'ouest la vallée de la Soummam, à l'est celle de l'Oued el-Kebir. Elle s'étend sur les wilayas de Bejaïa et de Jijel. Le massif des Babors atteint 2004 mètres, il est constitué d'assises jurassiques de calcaires liasiques qui prennent des formes variées. Dans cette région, la montagne tombe souvent à pic dans la mer et forme une côte très découpée appelée Corniche kabyle ou jijelienne, où l'on admire caps, falaises, presqu'îles et promontoires. On y trouve aussi de très belles grottes et des gouffres encore inexplorés. Au sud-ouest des Babors s'étend la chaîne des Bibans "Portes de fer".
# Posté le mardi 08 février 2005 11:52

Histoire de la Kabylie à travers les temps

Histoire de la Kabylie à travers les temps
Habitée depuis la plus haute Antiquité, la Kabylie recèle des vestiges de toutes les civilisations préhistoriques et protohistoriques. La population, dense, semble s'être installée dans les régions de grès à limons rouges. Tandis que les habitants actuels sont installés dans des régions autrefois inoccupées.

L'occupation romaine (146 av. J.-C.439 apr. J.-C.) s'est néanmoins vue opposer une résistance farouche cristallisée autour de deux figures historiques: Tacfarinas et Firmus. Le premier, de l'an 17 à 24 apr. J.-C., à la tête de tribus dépossédées de leurs terres, a malmené les légionnaires d'Afrique. Le second faillit de 372 à 375 aboutir à l'expulsion des Romains des Maurétanies. Défenseur du peuple berbère , Firmus était un héros de l'idée de l'indépendance. Il réalisa même autour de lui une certaine unité au-delà de la Kabylie .

La Kabylie au Moyen âge :
Parmi les cités qui ont marqué l'histoire nord-africaine, figure Vgayeth (Béjaïa) connue dès l'Antiquité sous le nom de Saldae.

Sous les Hammadites , au Moyen Age, elle fut une capitale prospère qui rivalisa avec Tunis et fut rebaptisée En-Nassiria.

C'est de cette région que partit la tribu des Kotama, sous l'emblème fatimide (doctrine chiite), pour renverser la dynastie aghlabide de Kairouan et dominer ensuite tout le Maghreb avant de s'emparer de l'Egypte et d'y fonder Le Caire en 969.


La Kabylie durant la période Ottomane :
On ne peut évoquer l'histoire de la Kabylie sans citer le "Royaume de Koukou", un village qui, au XVI et XVIle siècles fut une sorte de "capitale" de la Kabylie.

Le fondateur, Si Ahmed Belqadi, s'allia aux corsaires Aroudj et Kheir-Eddine Barberousse pour repousser les espagnols de la côte mais ensuite ne parvint pas à soustraire l'Algérie à la mainmise des Barberousse.

Au 19 ème siècle :
La prise de la Kabylie par les Français en 1857 eut des conséquences désastreuses sur le plan économique, et provoqua une déstabilisation de l'organisation socio-politique, d'où les diverses insurrections fortement réprimées en 1864 et en 1865.

La plus rude fut celle de 1871, menée par El-Mokrani, Fadhma n'Soumeur , Kheich Ahadath, Bou Beghla.
La seule opération du séquestre fit perdre à cette région 2 639 000 hectares (Abbas cité par Ouerdane, 1988) et 36 millions de francs en imposition de guerre (Ageron, 1964).


L'émigration vers l'Europe :
Après ces événements, débuta l'exil à l'échelle interne et externe.
À titre d'exemple, la grande majorité des 5000 travailleurs algériens émigrés en France en 1912 étaient kabyles (Julien, 1952).

Écrasée par la misère, la Kabylie fut un foyer du nationalisme.
Ainsi, c'est au sein des 100 000 travailleurs algériens principalement kabyles qu'est né le "Congrès des ouvriers nord-africains" (idem) qui s'est ensuite transformé en"I'Étoile Nord-Africaine".
Selon M. Kaddache (cité par Ouerdane), cinq des huit fondateurs de ce mouvement sont kabyles .

La Kabylie demeure un bastion permanent de la résistance. Elle joua un rôle notoire pendant la guerre, puis après l'indépendance avec son opposition au pouvoir central.

Les diverses répressions (notamment d'ordre linguistique et identitaire) qu'elle eut à subir donnèrent naissance au " printemps berbère " de 1980-1981.
Et, depuis octobre 1988, les revendications culturelles et démocratiques se sont intensifiées.
# Posté le mardi 08 février 2005 12:22

Histoire Kabyle : Il y a 1320 ans : la bataille de Tahouda

En 670, l'Afrique du Nord fait encore partie intégrante de l'empire Byzantin. Cet empire est très affaibli suite aux coups portés par les troupes arabes depuis 632, lesquels ont déjà entraîné la perte de deux provinces, la Syrie et l'Egypte.

Dans ces conditions, l'empereur de Constantinople se trouve dans l'impossibilité de défendre ses possessions en Afrique du Nord. De plus les Gréco-Byzantins ne contrôlent qu'une infime partie du territoire nord-africain. Concentrés dans les villes de la côte, ils vivent du commerce maritime et s'entendent mal avec les tribus berbères de l'intérieur des terres.

Profitant de cette situation, Oqba ibn Naafa, général de l'empire Omeyyade stationné en Egypte, entreprend la conquête de l'Afrique du Nord. Il installe un camp militaire à Byzacène, aujourd'hui Kairouan, en Tunisie. En quelques mois, profitant des divisions entre berbères et byzantins, il soumet tout l'Est de l'Afrique du Nord (actuelle Tunisie et Algérie orientale). La légende veut même qu'il soit allé jusqu'à l'Océan Atlantique où il se serait écrié « J'ai répandu l'Islam jusqu'au bout de l'univers ! ».

En 683 (an 63 de l'hégire musulmane) les choses changent. Devant la brutalité inouïe d'Oqba et de ses troupes (qui effraie même le Calife à Damas !) les citadins gréco-byzantins oublient leur méfiance des berbères et décident de former une alliance avec eux. De leur côté, les différentes tribus et principautés berbères acceptent de s'unir pour la circonstance. Le chef choisi pour diriger cette coalition anti-arabe est un prince berbère chrétien, Koceïla, qui gouverne un vaste royaume semi-indépendant dans les Aurès. Dirigeant respecté et habile tacticien, Koceïla voue une véritable haine à Oqba ibn Naafa. En effet, celui-ci l'avait fait prisonnier plusieurs années auparavant et l'avait humilié publiquement.

La révolte dirigée par Koceïla balaye complètement les envahisseurs arabes du nord de l'Afrique. Les garnisons arabes sont massacrées dans les villes où elles stationnent. Oqba est forcé de se replier vers l'Est. Il commet alors une grossière erreur : il sépare ses troupes en deux, renvoyant vers l'Egypte le gros de son armée, chargée d'escorter le fruit de leurs pillages en Afrique du Nord.

Oqba et le reste de ses hommes se dirigent alors vers le Sud-Est. Mais ils rencontrent l'armée des berbères de Koceïla à la sortie de l'Oued el Abiod, au lieu dit Tahouda. La bataille de Tahouda est une victoire complète pour les troupes berbères. Surtout, Oqba ibn Naafa est tué lors de l'affrontement. La mort en 683 de ce général qui avait dirigé l'invasion d'une poigne de fer depuis 670 signe la fin des premières incursions arabes en Afrique du Nord. La paix revenue, Koceïla règne alors sur les Aurès et une large partie de l'est algérien actuel jusqu'à sa mort en 686, au cours d'une bataille durant la deuxième invasion arabe, dirigée par Zohaïr ibn Qaïs.

Si, pour les populations arabisées d'Afrique du Nord, Oqba ibn Naafa est devenu un saint (une ville, Sidi Oqba, ayant même été fondée près du lieu de sa mort, à Tahouda, dans les environs de l'actuelle Biskra), la mémoire de Koceïla reste vivace chez les berbérophones, qui en on fait un symbole de la résistance à l'arabisation forcée.
# Posté le mardi 08 février 2005 12:24

Histoire de la Grande Kabylie XIX-XX siècles

Ce livre nous permet d'apprécier ce qui dans la Kabylie contemporaine procède d'une Kabylie traditionnelle et ce qui ressort d'une histoire récente, coloniale et post-coloniale. Pour mener ce projet à bien, Alain Mahé -maitre de conferences à l'EHESS et spécialiste d'anthropologie juridique et politique du Maghreb-, a conjugué la démarche de l'anthropologue et de l'historien.

En tant qu'anthropologue, l'auteur a minutieuusement reconstitué une sorte d'épure de l'organisation villageoise dans la situation où elle se trouvait au début de la conquête coloniale, afin de pouvoir ensuite dérouler le fil de l'histoire jusqu'a nos jours et d'apprecier les changements sociaux qui ont affecté les assemblées villageoises. Ce qui lui a permis de nous montrer comment les institutions politiques traditionnelles et la culture politique qui en etait et solidaire avaient pu se transformer et se féconder au contact de la culture politique moderne. Les recents evénements de Kabylie du printemps 2001 et le mouvement des AArchs ou comités de village est la preuve de la force de cette organisation.

Antropologie historique du lien social dans les communautés villageoises Ed. Bouchéne 2001, 650 pages.
# Posté le mardi 08 février 2005 12:27

La Grande Kabylie sous le régime turc

La Grande Kabylie sous le régime turc
La Grande Kabylie sous le régime turc est une partie de l'ensemble des deux mille pages que cet officier a rédigées jusqu'à la fin de sa vie. Parus dans la célèbre Revue Africaine entre 1873 et 1875, ces textes constituent aujourd'hui une source intéressante pour l'histoire politique et sociale de la région pendant la période ottomane, histoire sur lesquelles les sources européennes sont peu abondantes et lacunaires.

Ils nous donnent une masse d'informations sur la vision que les Kabyles avaient du pouvoir turc : non pas la représentation longtemps admise d'une relation de conquête et d'exploitation, mais une coexistence labile entre les institutions politiques et administratives du pouvoir central et le maillage des solidarités et des clientèles locales. Les quatre articles sont précédés d'une présentation, par Alain Mahé, de l'auteur, du contexte historique, et de l'acquis historiographique sur les rapports de pouvoir dans la Kabylie ottomane ; ils fournissent matière à nuancer à la fois le manque de sources et la vision admise d'un pouvoir ottoman militairement incontesté et fiscalement dominateur dans la Grande Kabylie du XVIIIe siècle. Sous la plume d'un officier des Affaires Indigènes, ce constat aurait dû faire mouche... mais il semble que ces textes n'aient eu aucune audience. Ce qui rend ce savoir historique reconstitué intéressant à redécouvrir, à condition toutefois de prendre en considération les conditions de son élaboration. En reconstituant un savoir historique ... sur la grande Kabylie et en nous permettant de la redécouvrir à la lumière des thèses récemment soutenues, cette collection de textes nous invite également à réfléchir aux conditions de leur élaboration La conquête militaire et politique de l'Algérie s'est doublée d'une entreprise de connaissance du territoire, de la population, des formes du pouvoir.

Joseph NIL ROBIN, La grande Kabylie sous le régime turc , rééd., Paris, Éditions Bouchène, 1998, 154 p.
# Posté le mardi 08 février 2005 12:38